Comment rendre pérenne une entreprise sur le long terme ?
Cette question est au cœur du livre “Apprendre à apprendre avec le Lean” (1) écrit collégialement par Michael Ballé, Jacques Chaize, Régis Médina et Anne-Lise Seltzer. Pour y répondre, les auteurs nous proposent un voyage allant de l’apprentissage individuel et collectif à la philosophie et les pratiques du Lean.
Apprentissage
Dans un premier temps, l’ouvrage présente un état des connaissances sur les processus d’apprentissage individuel au regard des dernières découvertes des neurosciences, et détaille le processus de sa mise en œuvre dans un cadre professionnel. Les auteurs élargissent ensuite à l’apprentissage collectif, et en explorent les mécanismes et les conditions de réalisation.
Entreprises exploitantes versus entreprises apprenantes
L’idée centrale du livre est qu’une entreprise qui se focalise sur son exploitation au détriment de ses apprentissages se fragilise et met en péril sa survie. Une distinction est ainsi faite entre entreprises exploitantes et entreprises apprenantes. Pour les auteurs, une entreprise exploitante est caractérisée par un “management financier dont le fondement est l’exploitation optimisée à l’extrême des ressources existantes.”
Différents modèles d’organisations
Afin de mieux comprendre le fonctionnement de ces entreprises exploitantes, les auteurs nous proposent de remonter le temps et de nous arrêter sur trois modèles d’organisations dont l’influence est profonde :
- Les hiérarchies spécialisées dans l’armée prussienne, à la fin du XIXème siècle
- Les processus standardisés du taylorisme, au début du XXéme siècle
- Le management par les chiffres inventés par les financiers, vers la fin du XXéme siècle
Au regard de cet éclairage historique, les auteurs font le constat qu’“une nouvelle gestion s’est imposée avec des méthodes d’exploitation éprouvées : bureaucratie hiérarchique, taylorisme, management par les objectifs financiers.”
Limites du modèle exploitant
Le problème du modèle exploitant est qu’il assèche rapidement les ressources et les personnes. Les auteurs en démontent les mécanismes et mettent en lumière des croyances qui, in fine, dégradent les performances de l’organisation :
- Illusion des optimisations locales
“Les coûts, comme les gains, sont globaux et ne peuvent être optimisés point par point. Le seul chemin pour réellement réduire les coûts est de mieux comprendre les problèmes qui se posent, les partager, écouter les idées des uns et des autres et encourager les initiatives pour continuer à synchroniser l’apprentissage sur l’ensemble de l’activité.”
- Illusion de la standardisation des processus
“La notion de processus standardisés est largement un mythe, mais elle permet de coordonner des gens à une très grande échelle et de globaliser les opérations, même si la standardisation sur le terrain est souvent fictive en fonction des conditions locales.“
- Illusion du pilotage par les chiffres
“Le management doit faire un effort considérable pour aller sur le terrain et s’intéresser aux faits et aux difficultés réelles que rencontrent les personnes (ce qui ne se verra jamais dans le reporting)”
Le Lean
Alternative au modèle exploitant, le Lean est un modèle qui met l’apprentissage au centre de l’activité. Il fait de l’intelligence individuelle et de l’intelligence collective de l’ensemble des personnes, le moteur de l’entreprise.
Les auteurs en donnent la définition suivante : “le Lean est avant tout une méthode de développement personnel, puis une méthode de management d’équipe et enfin une méthode de leadership d’entreprise”.
Ils rappellent que mettre en œuvre les pratiques du Lean (kanban, kaizen, andon, 5S, …) sans l’intention d’apprentissage qui doit les sous-tendre, a peu de chance de produire les résultats escomptés, bien au contraire.
Conclusion
“Apprendre à apprendre avec le Lean” montre la voix d’une organisation alternative au modèle exploitant, une organisation qui met au cœur de sa stratégie la capacité de tous à apprendre et à réfléchir individuellement et collectivement.
Le Lean est une approche lucide qui fait le constat de la finitude des ressources matérielles de notre monde et qui s’appuie sur une ressource illimitée : l’intelligence des personnes.
Brillante démonstration que la stratégie de l’intelligence collective est une stratégie gagnante, “Apprendre à apprendre avec le Lean” est assurément un ouvrage qui mérite une bonne place dans votre bibliothèque.
Références
(1) Apprendre à apprendre avec le Lean – Michael Ballé, Jacques Chaize, Régis Médina et Anne-Lise Seltzer

